CALISTO-235

Odile Krakovitch, chercheuse associée au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, publie chez Paris musées, Les imprimeurs parisiens sous Napoléon Ier. Edition critique de l’enquête de décembre 1810.
L'enquête de 1810, découverte dans un carton du Centre historique des Archives nationales (F 2371), se présente sous la forme d'un registre in-4° de quarante pages : elle analyse, sur deux colonnes encadrées, à raison de quatre imprimeurs par page, la situation des cent cinquante-sept propriétaires de presses et d'imprimeries à Paris. Ce long rapport n'est ni daté ni signé. Il est évident cependant qu'il a été dressé, à la demande de l'Empereur, au lendemain du décret de février 1810 qui réorganisa, pour trois générations, jusqu'à la loi de 1881, le monde de l'édition, du livre et de la presse, ainsi que la surveillance de la pensée ; il a obligatoirement été terminé avant ou pendant le mois de décembre 1810, puisqu'il était dit, au titre II du décret du 5 février 1810, en l'article 3, qu' « à dater du 1er janvier 1811, le nombre...des imprimeurs à Paris serait réduit à soixante ».
Ce tableau du monde du livre parisien, dressé au moment de sa réorganisation par Napoléon Ier, présente un intérêt évident pour l'histoire de la profession. Il est également révélateur des mentalités et des critères de ce que devait être et ce que sera un bon citoyen, bon industriel er bon sujet, sous l'Empire comme sous les régimes futurs. L'enquête est en effet composée de cent cinquante-sept mini-rapports passant systématiquement en revue les vies privée et professionnelle de chacun des artisans du livre parisien en ce début du XIXe siècle : e]le précise tour à tour l'époque de l'installation de l'imprimeur (le fait que ce soit avant, pendant ou après la Révolution revêt une certaine importance), puis son origine sociale, si elle est connue (et là encore le fait de savoir s'il s'agit d'un ancien ouvrier qui s'est élevé dans l'échelle professionnelle, ou d'un héritier d'une famille depuis longtemps installée est important) ; son caractère, d'après l'opinion des collègues ; sa moralité ainsi que celle de l'épouse ; ses idées politiques évidemment, sa religion, ses prises de position dans le passé ; sa situation économique, avec la bonne tenue des locaux et l'importance de l'imprimerie, le nombre des presses et des ouvriers ; ses innovations professionnelles et techniques ; l'état financier enfin, le tout commenté de façon très précise à l'aide de chiffres, notamment celui du montant de la patente toujours indiqué.
 L'enquête se situe à une époque déterminante, à la fin de l'anarchie révolutionnaire marquée à la fois par une liberté trop grande et une censure non dite, d'autant plus féroce qu'elle était exercée par plusieurs pouvoirs à la fois, et au début de la main-mise par le ministère de l'Intérieur et la direction de l'Imprimerie et de la Librairie sur le monde de l'édition, main-mise qui durera jusqu'aux lois de 1871. Le nombre des imprimeurs de Paris fut réduit à soixante, puis relevé à quatre-vingt en 1811, suite aux conseils donnés par les inspecteurs enquêteurs. Les éditeurs devaient désormais être brevetés et assermentés, et, pour ce faire, « justifier d'un certificat de bonne vie et mœurs, et de leur attachement à la patrie et au souverain ». C'est dire toute l'importance des observations inscrites dans l'enquête, puisque ce fut à partir des critères des quatre inspecteurs rapporteurs que se firent les éliminations des imprimeurs ou leurs inscriptions sur la liste de brevetés.
Certains des imprimeurs maintenus furent à l'origine des grandes maisons d'édition qui marquèrent le livre jusqu'à nos jours, les Colin, Delalain, Marne, Michaud, Dentu, Didot, assurant ainsi une permanence, une continuité, une profession socialement intégrée, voulue par Napoléon.
 
Odile Krakovitch est conservateur général honoraire aux Archives nationales. 
 
Odile Krakovitch, Les imprimeurs parisiens sous Napoléon Ier. Edition critique de l’enquête de décembre 1810, Paris musées, 2008 • ISBN : 978-2-7596-0042-7 • 245 pages • 19,50 €
 
Table des matières
 
Introduction
 
Les raisons de l'édition de l'enquête de décembre 1810
 
Le décret du 5 février 1810
§         Les imprimeurs avant le décret de février 1810
§         Le rôle du Conseil d'Etat dans l'élaboration du décret de 1810
§         Le décret du 5 février 1810
§         La direction générale de l'Imprimerie et de la Librairie
§         L'œuvre des directeurs de l'imprimerie
§         Les suites du décret jusqu'en 1870
 
L'enquête de 1810 et les imprimeurs parisiens
§         Les inspecteurs de l'imprimerie et de la librairie ; la préparation de l'enquête et la rédaction des notices
§         Les imprimeurs parisiens sous Napoléon
              L'origine sociale, l'ancienneté et la formation des imprimeurs. L'instruction des imprimeurs ; les auteurs
              La fortune des imprimeurs
              La répartition des imprimeurs à Paris
              Les femmes imprimeurs
              Les idées politiques des imprimeurs. Les contestataires
                      - Les ex-révolutionnaires ; la Révolution dans la carrière des imprimeurs
                     - Les imprimeurs « bons à surveiller
§         Les conséquences du décret et de l'enquête
              Les suites de l'enquête : commission et indemnité
              Le choix des inspecteurs
              Les indemnités compensatrices pour les imprimeurs éliminés
 
Conclusion
 
Sources et bibliographie
 
Note pour servir à l'édition de l'enquête de 1810
 
Les imprimeurs parisiens. Edition critique de l'enquête de 1810
 
Index des noms propres
 
Annexes   
- I Liste des soixante imprimeurs maintenus par arrêté du 27 janvier 1811 ; liste des vingt imprimeurs rajoutés par arrêté du 2 mars 1811
- II Texte du décret du 5 février 1810

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