Lady Chatterley de
Pascale Ferran, césar du meilleur film 2007
- En arrivant, les tulipes
étaient encore ouvertes, rose- orangé, dans le contre-jour
lumineux et chaud, trop chaud, de ce soir davril.
- Tout d'abord la beauté des
images. Des couleurs. Des couleurs de la nature.
- C'est un film dont le rythme
suit celui des saisons et de la nature qui s'épanouit.
- Des gros plans de fleurs, de
feuillages, de mousses, d'herbes, les grands fûts sous
le ciel et la lumière.
- Toutes les couleurs, toutes
les lumières, le bruissement des plantes sous le vent, l'eau
de la source qui court sur les pierres, le clapotis de la
pluie sur les feuilles qui grelottent, le tourbillon des
flocons de neige, silencieux et ouaté, les feux qui
crépitent, les silences bruissant de la nature qui
palpite, les pas sur les tapis de feuilles, les longues
jupes qui frôlent les genêts, les branches basses qu'on
écarte pour découvrir un nid de sensuelle nature...
- Un nid de sensuelle nature...car
ici tout parle aux sens, les yeux qui caressent l'horizon,
les mains qui palpent la mousse tendre autour d'une
écorce trop rude, les narines qui frémissent à l'odeur
des premières jonquilles, les cheveux qui volent,
tendres frisures autour d'un visage inondé de soleil, la
chaleur de l'été, l'obscurité épaisse et palpable d'un
cur de nuit, les premières lueurs de l'aube, et le
corps qui s'éveille en même temps que le cur s'oeuvre.
-
- C'est un film sensuel sur la
sensualité. Et sur la totale sensualité. C'est à dire
qui replace les sensations du cur et du corps au
sein de la nature, du rythme de celle-ci : aucune
dissociation. Cur, corps, le monde autour du
cur et du corps. Pas de dissociation sociale de l'une
de ces trois choses par rapport aux deux autres. C'est la
redécouverte d'une harmonie totale sans préjugés, ni
culpabilité. A aucun moment n'est porté un regard qui
juge. Il n'a aucun jugement : ni moral, ni social.
-
- C'est l'analyse subtile et
délicate d'un cheminement qui hors des sentiers tracés
de la civilisation et de la société tente de retrouver
l'essentiel des rapports entre la sexualité, la
sensualité et l'amour : d'abord l'attirance
instinctive à laquelle on se livre sans réfléchir et
sans honte ; le choc un peu violent du sexe ;
la découverte de l'autre de son regard et de son corps -
oser toucher lêtre aimé, oser le regarder ;
l'éveil des sens, une scène magnifique et dionysiaque
où ils courent nus sous la pluie, ils jouent à se
poursuivre, il y a là une joie bestiale et enivrante de
l'air, de l'eau, du soleil qui revient sur la peau ;
la découverte et l'abandon à la volupté ; l'aveu
que toute cette harmonie est amour ; enfin la parole
qui est le dernier abandon de soi à l'autre, se dire,
avouer ses différences, ses faiblesses, l'émotion qui
étreint enfin, les larmes de soulagement, l'être tout
entier soulagé de cet abandon et la tendresse qui
submerge et qui se laisse aller à une étreinte douce et
forte.
-
- La dernière scène est
touchée par la grâce : cet homme, qu'on pourrait
dire frustre, qui abandonne toute fierté et tout
préjugé - un discours sous jacent sur la place sociale
de l'homme et de la femme au sein du couple - qui s'abandonne
à l'amour, à cette femme fine, intelligente, pleine de
délicate candeur et de force - elle est forte de son
amour sans fin, sans retenue, sans fausse honte ni fausse
pudeur, elle est l'amour - cet homme dit OUI.
-
- Ce OUI concentre en lui seul
toute la beauté du film et lui donne aussi toute sa
signification. Peu importe ce qui arrive après. Ce que
la vie réserve à ces deux êtres. Ce n'est pas
important. L'important c'est l'existence même de cet
amour auquel ils s'abandonnent, qui les a ouverts au
monde au-delà d'eux-mêmes et qui a brisé leur solitude.
- Lui, dit OUI et elle lui dit
« je veux que ton cur reste doux et comme ça
je suis sûre que je ne pourrai pas te perdre ».
- En sortant, dans la nuit,
les tulipes étaient toute fermées pour se protéger de
lobscurité et pour garder leur secret. Peut-être
un secret damour. En tout cas un secret de vie.
-
- Catherine Lebouleux
- © CALISTO-235
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