- Pas étonnant de trouver
chez Man Ray, qui est avant tout peintre et ne consacra
quune partie de sa carrière à la photographie,
une tendance au Ready Made dans certaines de ses
uvres. Dailleurs pour Ray cest avant
tout lidée, le point départ de luvre
dart qui prime et non lobjet en lui-même, sa
présence physique.
- Lexposition est très
esthétique dans son parti pris de présentation des
uvres dans des encadrements souvent immenses dans
lesquels auraient pu se perdre certains clichés, qui ne
mesurent que quelques centimètres de hauteur. Au
contraire, lil est attiré irrésistiblement
vers ce centre où lon reconnaît un Cocteau, un
Stravinsky étonnante photographie de Stravinsky,
pris sur le vif et dautres.
- uvre peinte toute en
finesse, celle de Ray fut longue à connaître la
consécration, ce qui explique sa carrière de
photographe de célébrités parisiennes. Il ne sera
considéré comme photographe dart quaprès
la découverte du procédé de solarisation et la mise au
point de ce quil appelle le rayogramme.
-
- Je relèverai pour ma part
deux points dorgue à cette exposition.
-
- Tout dabord, dans une
petite vitrine, tout au début de lexposition, Les
invendables (1914) :
- « Pourquoi ? Car
cest le nom qui est à vendre, sans la signature,
le tableau ne vaut rien. Il faut prendre lun et
lautre.
- Il y a ceux qui
retournent le tableau pour voir si cest de la bonne
toile de lin fin.
- Le peintre tient son
bâton à poil comme le barbier son blaireau, le musicien
son archet, le soldat sa mitraillette, cest ainsi
quils tiennent leur sexe, pour faire pipi, pour
faire lamour.
- La vérité ? Il
ny a pas plus subversif que la vérité. »
-
- Lartiste et la
vérité, telle que la défendait Zola à propos de Manet
: « Edouard Manet sest demandé pourquoi
mentir, pourquoi ne pas dire la vérité ; il nous a fait
connaître Olympia ».
-
- Ce texte, illustré par une
gravure et présenté sous la forme dun livre prend
à la fois le sens amer dun très jeune artiste
peintre dont la peinture narrivera que très tard
à simposer sur les marchés de lart et
résonne comme la sanction dune société sur le
point de basculer en 1914 dans le gouffre des tranchées.
-
- Un peu plus loin, la
présentation de Facile et Mains libres.
- En 1921, Marcel Duchamp
présente Man Ray à Paul Eluard. Cette rencontre donne
loccasion à Ray de travailler en 1935-1937 avec le
poète sur deux recueils associant textes et images.
- Facile, tout dabord qui regroupe
les textes du poète dédiés à sa femme Nusch. Pour ce
recueil, Man Ray réalise une série de nus dune
très grande élégance qui ponctue et souligne celle de
lécriture :
-
- Nue dans lombre et
nue éblouie
- Comme un ciel
frissonnant déclairs
- Tu te livres toi-même
- Pour te livrer aux
autres
-
- Puis ce sera Mains
libres
dont le frontispice décrit le contenu comme étant des
dessins de Ray illustrés par Eluard.
-
- Une très belle exposition,
à découvrir.