Etre spécialiste du théâtre au XIXe siècle et s'intéresser de près et plus généralement au spectacle vivant interdit de cloisonner les genres et oblige à certains rapprochements incontournables.Ce soir, je ne peux m'empêcher de penser à Catherine de Médicis rapportant dans ses bagages italiens le très fameux Torelli, qui allait installer une tradition séculaire de théâtre à grand spectacle, avec machineries, engins volants, effets de sons et de lumières. Il imagina les dieux de l'Olympe et les mit en scène dans la non moins fameuse salle des Machines des Tuileries !Des générations de castrats s'envoleront ainsi traversant le siècle des Lumières sur des chars tous plus dorés les uns que les autres.

Le XIXe siècle fut tout aussi féérique pour le théâtre, avec ses inventions, depuis le diorama de Daguerre en 1822, jusqu'au soleil électrique qui illumina la création du Prophète en 1849 et laissa pantois le public de l'Opéra qui se souvenait encore de l'éruption du Vésuve qu'avait imaginé Jacques Solomé pour La Muette de Portici en 1828.

Revenons en 2007 et à Bercy.

Que penserait Duponchel qui avait installé à l'Opéra feux d'artifice et débauche de jets d'eau pour sa Tempête en 1834?...Il ferait un pacte avec le diable pour, à la manière de Faust, se refaire une santé avec toutes ces nouvelles technologies plus féériques les unes que les autres !

Bercy est illuminé, le spectacle est d'une irréprochable magie et octroie deux heures et demie de rêve visuel et irisé. Mais il faut savoir faire abstraction de cette superbe scènographie pour goûter à leur juste valeur les performances des artistes : de fabuleux moments de musique ! Les percussions sont particulièrement mises en valeur avec deux solos à faire se pâmer de jalousie n'importe quel apprenti batteur.

Gardons pour la fin un Polnareff, dont les qualités de pianiste rappellent parfois Keith Jarrett et qui annonce la couleur dès le début du spectacle : il lui tient à coeur de prouver que sa voix a gardé ses qualités de haute-contre, cette voix de tête qui est sa marque, ce phrasé inimitable et cette formidable tessiture qui balaye un large spectre de couleurs !

Pari gagné!

Catherine Lebouleux

© CALISTO-235

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