Les Jeudis Musicaux de la Chapelle Royale du Château de Versailles, proposés depuis seize ans par les Pages et les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles, ouvraient leur saison 2007-2008 en invitant trois ensembles vocaux : Le Madrigal de Paris (direction, P. Calmelet), Les Temps modernes (direction, D Thuillier), LEnsemble vocal de St Quentin en Yvelines (direction, V. Josse).
Lorchestre des Conservatoires de Versailles et de Boulogne Billancourt ouvrait le programme avec la version orchestrale, créée en 1920, un an après la version pour piano, du Tombeau de Couperin de Maurice Ravel. Cette pièce qui est un hommage à la musique du XVIIIe siècle, trouvait donc sous les ors de la Chapelle Royale une place éminemment symbolique.
La beauté rayonnante de la jeunesse et du talent naissant donna à ces pièces au souffle apaisé une dimension particulière lorsque lon sait que chacune delle fut dédiée par le compositeur à un ami, tombé au feu au cours de la Première Guerre mondiale. La Toccata finale fut enlevée avec une verve éblouissante sous la direction de Bernard Le Monnier.
On avait apprécié pour cette première partie leffet « lissant » de lacoustique de la Chapelle, mettant particulièrement en valeur les parties dinstruments à vent et donnant à lensemble une atmosphère de fluidité sereine.
Cette effet fut saisissant dès les premières mesures du Requiem de Fauré uvre contrastée qui chemine depuis ce terrible et sombre Introit jusquau Paradis final dont on croit entendre les voix angéliques.
Le Libera me reprend après lAgnus Dei à lample et quasi extatique Lux aeterna luceat les couleurs sombres du début de luvre. Le jeune baryton Louis Nougayrède y trouva des accents poignants qui accentuèrent lexplosion de détresse du Dies irae.
Une grande
homogénéité des timbres des voix féminines ont permis à ce Requiem
den souligner la paix sous jacente dont le noyau central
est ce magnifique Pie Jesu chanté par la soprano Virginie
Thomas qui en a restitué tout léclat adamantin. 
Et sur fond de marbre et dors volaient les mains blanches et dansantes de Bernard Le Monnier conduisant cette somptueuse musique dun Fauré inspiré, offrant une version de Requiem émerveillée et personnelle : « Mon Requiem, on a dit quil nexprimait pas leffroi de la mort, quelquun la appelé une berceuse de la mort. Mais cest ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur dau-delà, plutôt que comme un passage douloureux... Mon Requiem a été composé pour rien... pour le plaisir si j'ose dire... Peut-être ai-je ainsi, dinstinct, cherché à sortir du convenu, voilà si longtemps que jaccompagne à lorgue des services denterrement ! Jen ai par-dessus la tête. Jai voulu faire autre chose ».