CALISTO-235

Les Jeudis Musicaux de la Chapelle Royale du Château de Versailles, proposés depuis seize ans par les Pages et les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles, ouvraient leur saison 2007-2008 en invitant trois ensembles vocaux : Le Madrigal de Paris (direction, P. Calmelet), Les Temps modernes (direction, D Thuillier), L’Ensemble vocal de St Quentin en Yvelines (direction, V. Josse). 

L’orchestre des Conservatoires de Versailles et de Boulogne Billancourt ouvrait le programme avec la version orchestrale, créée en 1920, un an après la version pour piano, du Tombeau de Couperin de Maurice Ravel. Cette pièce qui est un hommage à la musique du XVIIIe siècle, trouvait donc sous les ors de la Chapelle Royale une place éminemment symbolique.

La beauté rayonnante de la jeunesse et du talent naissant donna à ces pièces au souffle apaisé une dimension particulière lorsque l’on sait que chacune d’elle fut dédiée par le compositeur à un ami, tombé au feu au cours de la Première Guerre mondiale. La Toccata finale fut enlevée avec une verve éblouissante sous la direction de Bernard Le Monnier.

On avait apprécié pour cette première partie l’effet « lissant » de l’acoustique de la Chapelle, mettant particulièrement en valeur les parties d’instruments à vent et donnant à l’ensemble une atmosphère de fluidité sereine.

Cette effet fut saisissant dès les premières mesures du Requiem de Fauré œuvre contrastée qui chemine depuis ce terrible et sombre Introit jusqu’au Paradis final dont on croit entendre les voix angéliques.

Le Libera me reprend après l’Agnus Dei à l’ample et quasi extatique Lux aeterna luceat les couleurs sombres du début de l’œuvre. Le jeune baryton Louis Nougayrède y trouva des accents poignants qui accentuèrent l’explosion de détresse du Dies irae.

Une grande homogénéité des timbres des voix féminines ont permis à ce Requiem d’en souligner la paix sous jacente dont le noyau central est ce magnifique Pie Jesu chanté par la soprano Virginie Thomas qui en a restitué tout l’éclat adamantin. 

Et sur fond de marbre et d’ors volaient les mains blanches et dansantes de Bernard Le Monnier conduisant cette somptueuse musique d’un Fauré inspiré, offrant une version de Requiem émerveillée et personnelle : « Mon Requiem, on a dit qu’il n’exprimait pas l’effroi de la mort, quelqu’un l’a appelé une berceuse de la mort. Mais c’est ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d’au-delà, plutôt que comme un passage douloureux... Mon Requiem a été composé pour rien... pour le plaisir si j'ose dire... Peut-être ai-je ainsi, d’instinct, cherché à sortir du convenu, voilà si longtemps que j’accompagne à l’orgue des services d’enterrement ! J’en ai par-dessus la tête. J’ai voulu faire autre chose ».

 

© Catherine Lebouleux
27 octobre 2007

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