- CALISTO-235

- Lexposition
Roslin présentée à Versailles dans les appartements de
Mesdames, filles de Louis XV, est une belle réussite.
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- Lintimité
des pièces de laile nord est renforcée par le
parti pris de laisser les volets clos. Les uvres
sont présentées dans une demi-pénombre que des
éclairages discrets, corrigent en même temps
quils suivent les mises en lumière internes de
chaque toile. On se croit éclairé aux chandelles.
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- En arrivant
à louverture, les appartements sont encore vides.
Les visages dans cette lumière rare se détachent avec
une intensité dont la matérialité saccorde avec
un implacable réalisme. Les étoffes semblent sortir des
toiles dans leur froissement immobile et la poudre des
perruques semble exhaler le secret parfum des atours
dautrefois.Na-t-on pas envie dailleurs
dépousseter lépaule du botaniste Carl von
Linné blanchie de la poudre qui tombe de la perruque
dont le catogan effleure une épaule alourdie par
lâge ?
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- Saisissant
de réalisme, les portraits russes, Catherine II, Paul
Petrovitch, Maria Féodorovna, sont impressionnants dans
le rendu illusionniste des étoffes. Gustave III pourrait
bien descendre de son piédestal et la main droite
quil porte à sa hanche est dune telle
carnation quon peut à distance en saisir la
tiédeur.
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- A regarder
avec attention tous ces portraits, à regarder
attentivement ces femmes qui vous regardent, visiteur
dans lombre des lambris silencieux, on finit par
ressentir quelque chose qui met non pas mal à
laise, non
on cherche quelque chose qui
dérange notre il moderne dans ces visages que
lon pourrait croiser, même aujourdhui, aux
costumes et toilettes près
Un détail semble
confirmer que ces femmes sont dailleurs et
dun autre temps. Rien de tel ne se dégage dans le
rendu des physionomies masculines. On cherche. On va de
lune à lautre. On sapproche, on recule,
on va, on vient. Puis devant la très belle Marie-Louise
Corbie dHeurnonville, au regard si grand, si
bleu
ces femmes ne sépilent pas les sourcils
! Ces femmes, peintes dans toute leur éclatante vie,
dardent des regards qui sont durement soulignés par ces
lignes épaisses et sombres dont nous navons plus
guère lhabitude.
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- Passé ce
moment dincertitude, une fois la différence mise
en lumière, on loublie et la convergence des
regards tend sans retenue vers le très beau portrait de
Marie-Suzanne Giroust, épouse de lartiste qui de
ce geste détaché et plein dune sorte de tendresse
sensuelle et simple écarte ce voile noir et moiré qui
ombre à demi son regard créant un contraste saisissant
entre la profondeur de la sombre étoffe et la carnation
délicate de la peau. La rondeur de la gorge semble
frémir à chaque battement dun cur qui
sélance avec toute cette tendresse enveloppée
dune élégance teintée de mystère et de jeu.
Noire la moire, noir lil, noir le ruban de
velours autour du cou. La lumière sur le front éclaire
tout et le sourire nous invite à vouloir lui parler.
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- Elle est là
devant nous, prête à répondre, et lon imagine
sans peine le timbre de la voix qui semble vouloir
éclore au bord dune lèvre à lexquis dessin.
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- Catherine
Lebouleux
Exposition -
Alexandre ROSLIN (1718-1793), un portraitiste pour l'Europe - 19
février - 18 mai - Château de Versailles
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