Balade parisienne : du carrefour de la croix du trahoir à la rue Beaubourg, une évocation du passé glauque et sanglant de la rive droite

1 - Rue de l’arbre sec / carrefour de la croix du Trahoir

 

Pendant plusieurs siècles, il a été un des carrefours les plus animés de Paris.

Il doit son nom Trahoir, anciennement tiroir, à ce que l'on tirait les étoffes sur la place.

 

La place comportait une croix d'origine très ancienne pour favoriser les dernières prières des condamnés. Elle a été détruite en 1789. Son soubassement en pierre avec des degrés servait d'étal à des bouchers et marchands de légumes. Le carrefour, entre Louvre, Palais-Royal, Hôtel de Soissons et halles de Paris, très populeux et commerçants justifie la créationi d'une station de chaise à porteurs en 1639.

 

A l'angle de la rue Sauval et de la rue Saint Honoré s'élèvait la maison natale de Jean-Baptiste Poquelin, dite maison aux singes.

 

La première fontaine de la Croix-du-Trahoir a été construite par Jean Goujon à l'initiative de François Ier en 1529. Elle a été reconstruite en 1606 puis déplacée de quelques mètres en 1636 pour améliorer la circulation dans la rue Saint-Honoré. Jacques-Germain Soufflot, chargé de la rebâtir en 1775, hérita d'une fontaine en très mauvais état. Il l'inscrivit dans un édifice polygonal situé à l'intersection des rues de l'Arbre-Sec et Saint-Honoré et confia à Boizot la sculpture de la nymphe qui apparaît rue Saint-Honoré. Un mascaron permet à l'eau de la fontaine de s'écouler.

 

Des exécutions capitales ont eu lieu à ce carrefour  jusqu'en 1698. On y  trouvait une roue de supplice pour servir d'exemple aux passants et une potence, parfois assimilée à l'« Arbre sec ». C'est toutefois une erreur, car l'Arbre sec est un arbre mythique des récits de Marco Polo, parfois assimilé au Chêne de Mambré de l'Ancien Testament.Notamment celle des faux-monnayeurs qui pullulaient dans le quartier aux abords de la maison où l'on fabriquait la monnaie. Des luthériens y ont aussi été brûlés vifs le 21 janvier 1535. Jusqu'en 1739, on y coupait les « oreilles des serviteurs indélicats ».

 

C'est là qu'a lieu l'arrestation de Pierre Broussel, conseiller au parlement de Paris, surnommé le « père du peuple », le26 août 1648. C'est un épisode marquant du début de la Fronde. Ce carrefour sera aussi le centre d'une répression sanglante, puis des barricades élevées jusqu'à la libération du conseiller. C'est la journée des barricades du 27 août 1648.

 

2 – Impasse des Bourdonnais (ancienne impasse de la Fosse-aux-chiens)

 

Cet endroit, était très anciennement une voirie (les voiries étaient des dépôts publics, ou particuliers, d'ordures ménagères, d'immondices, de matières fécales humaines et animales et d'animaux morts) hors de la seconde enceinte de Paris qui se nommait place du Marché-aux-Pourceaux, Fosse aux Chiens ou Fosse-aux-Chieurs. Elle servait donc de dépôt de boues, de charognes et autres immondices du quartier et de marché aux porcs.

C'était un lieu patibulaire où des faux-monnayeurs furent condamnés à mort par ébouillantage et des sorcières brulées vives en 1319.

 

 

3 – Rue Courtalon (source : site Paris à nu)

 

En 1684, dans le quartier des Halles, la rue Courtalon est le théâtre d’un fait divers macabre : on signale la disparition de 26 jeunes gens âgés de 17 à 25 ans. (photo Jan Clod.site du Routard Paris). Les hypothèses les plus farfelues circulent dans une population affolée. L’affaire fait grand bruit et arrive aux oreilles de Louis XIV qui demande à la Reynie, premier lieutenant général de  police de Paris de s'occuper de l'affaire. La Reynie confie l’enquête au policier Lecoq son meilleur limier.

 

Il se trouve que Lecoq a un fils qui à l’âge des disparus ; il lui propose  de jouer le rôle d’appât. Le garçon est si vif et intelligent qu’on la surnommé dans son quartier, l’Eveillé.

 

Quatre jours se passent sans aucun résultat. C’est aux tuileries, le cinquième jour, que le jeune homme aperçoit une jeune fille d’une grande beauté accompagnée de sa duègne. Il engage la conversation, on lui répond de manière encourageante.

On lui raconte que la jeune demoiselle est la fille naturelle d’un prince polonais et d’une mercière de la rue Saint-Denis, que son père, rappelé par le roi de Pologne, est mort en route assassiné par des brigands, que sa fortune – immense – est restée à sa protégée.

 

Alerté , l’Eveillée se fait passer pour le fils d’un riche médecin et  rendez-vous est pris pour  le soir, même à 21 heures devant l’église Saint-Germain-l’Auxerrois.

 

Le jeune homme prévient son père, et à l’heure dite file à son rendez-vous. Le soir la vieille femme est là, elle lui saisit la main et l’entraîne après mille détours - suivie discrètement par Lecoq et ses agents - rue Courtalon. Elle introduit le garçon auprès de la jeune fille qui se fait appeler la princesse Jabirowska. La « princesse » apparaît, vêtue d’un fantastique déshabillé. Subjugué par l’irrésistible jeune fille, le jeune homme en oublie sa mission. Après un certain temps elle lui dit : « Attends moi un instant ». Et elle disparaît dans un bruissement de soie par une porte au fond.

 

Ce moment de répit permet à Léveillé de reprendre ses esprits. Un paravent  attire son attention. Il l’écarte et il découvre dans l’armoire qu’il cachait les têtes momifiées de jeunes gens. Au même moment la fenêtre s’ouvre brusquement et le père Lecoq suivi de ses agents entre dans la pièce. Il était temps : la fausse princesse revenait avec quatre hommes armés. Les bandits furent désarmés, arrêtés et conduit au Grand Châtelet.

 

L’interrogatoire mené par la police permet de comprendre le macabre stratagème : une bande utilisait les charmes d’une belle anglaise pour attirer les jeunes gens rue Courtalon. Des complices les trucidaient puis revendaient les têtes embaumés en Allemagne pour des études anatomiques. Quant aux corps, on les vendait à des étudiants en médecine.

 

La fausse princesse, la duègne et leurs complices furent jugés et pendus.

 

Crédits photographiques : Jan Clod

 

4 – Rue de la Ferronnerie

 

On évoque la rue de la Ferronnerie dès 1229. Plus anciennement connue comme la rue de la Charronnerie ou rue des Charrons, elle prit son nom quand Saint-Louis permit aux ferronniers de s'y établir.

Au niveau des n°8-10, on trouve une plaque commémorative de l'assassinat du roi Hanri IV : "En ce lieu, le roi Henri IV fut assassiné par Ravaillac le 14 mai 1610." 

 

 

Au niveau du n°11, une plaque au sol marque le lieu de l'assassinat d'Henri IV, caractérisée par les emblèmes du Roi de France et de Navarre. Cet endroit est néanmoins erroné, le bon endroit est bien devant le n° 8-10.

 

 

La rue étant fort étroite (4 mètres) et toujours fort encombrée, cela facilita le geste de François Ravaillac le 14 mai 1610,  à 4 heures du soir, alors que le roi se rendait à l'Arsenal visiter Sully qui était souffrant.

 

 

14 mai 1610

Ravaillac assassine Henri IV
 

Le 14 mai 1610, le roi de France Henri IV (il a 56 ans) se rend auprès de son ami Sully, malade. Il n'arrivera pas à destination mais sera assassiné à la faveur d'un embarras de la circulation.

Deuxième et dernier roi de France à périr sous le couteau de son assassin après son prédécesseur immédiat Henri III, Henri IV meurt assez tôt pour échapper à une impopularité croissante. Sa mort marque le début d'un mythe national, celui du «bon roi Henri» qui a mis fin au guerres de religion et restauré la paix civile et la prospérité...

Un roi mal à l'aise

Usé par une vie pleine de rebondissements extraordinaires, le roi peut en ce début d'année 1610 regarder avec quelque satisfaction l'oeuvre accomplie. Mais lui-même souffre de sa mésentente avec la reine Marie de Médicis et de grands seigneurs lui tiennent rigueur de la paix conclue entre protestants et catholiques.

Et voilà que la situation internationale se corse avec un projet de guerre contre les souverains catholiques d'Espagne et d'Autriche, dont les troupes menacent les frontières du royaume.

Des prêtres manifestent leur opposition à ce qu'ils considèrent comme une nouvelle trahison du roi. Parmi leurs auditeurs, un jeune homme de 32 ans, né à Angoulême dans une famille pauvre et très pieuse. C'est un colosse à la barbe rousse, aux yeux clairs et profonds. Il a nom François Ravaillac.

En 1609, Ravaillac monte à Paris, à pied, pour éliminer celui qu'il considère comme un «tyran». Au passage, dans une auberge, il vole le couteau dont il se servira pour tuer le roi...

Complot ou acte isolé ?

Le 14 mai 1610, le roi quitte donc le Louvre pour rendre visite à son ami Sully dans sa résidence de l'Arsenal, à l'est de Paris.

Dans la matinée, le roi manifeste son agitation. Complots, prédictions de voyantes, tourments amoureux... «Mon Dieu, j'ai quelque chose là-dedans qui me trouble fort», murmure-t-il.

En début d'après-midi, il part enfin en carrosse, avec à ses côtés quelques compagnons dont le duc d'Épernon. Il n'a pas jugé nécessaire que la garde à cheval l'escorte. Voilà le carrosse bloqué, rue de la Ferronnerie, près des Halles et du cimetière des Saints-Innocents, par une charrette de foin qui barre la rue. Les valets qui se tiennent sur le marchepied du carrosse quittent celui-ci pour faire écarter la charrette.

Ravaillac, qui n'attendait que cela, se hisse sur un rayon de la roue. Passant le bras par-dessus le duc d'Épernon, il frappe le roi à la poitrine de plusieurs coups de couteau. Il est aussitôt maîtrisé et traîné dans un hôtel voisin puis à la prison de la Conciergerie. Trop tard. Henri IV meurt tandis que le carrosse rebrousse chemin jusqu'au Louvre.

Ravaillac est prestement jugé et, en tant que régicide, écartelé en place de Grève (l'actuelle place de l'Hôtel de ville), à Paris.

 

L’assassinat d’Henri IV //2000 ans d’histoire-FranceInter (2008) : suivre le lien

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5 – Rue des Innocents et cimetière des Saint Innocents (source : site ACAM)

 

A l'époque romaine, les morts étaient inhumés aux abords des voies publiques en dehors des villes. Des terrains situés au nord de Lutèce, dans l’actuel quartier des Halles, recevaient des sépultures, notamment le long de l'ancienne voie menant dans les provinces du nord (rue Saint-Denis). Les échanges commerciaux existaient déja dans ce secteur.

Quelques siècles plus tard, selon le rite catholique, les sépultures se regroupèrent autour d'une chapelle dédiée à Saint-Michel et construite le long de l’actuelle rue Saint-Denis. Situé à l'extérieur de l'enceinte de la ville, le cimetière était déjà le plus importants de Paris.

 

Au 12ème siècle, sous Louis Le Gros, une église plus vaste est construite à la place de la chapelle. Cette église fut appelée par Louis VII le Jeune (son successeur), église des Saints-Innocents. Il semblerait que ce nom soit lié à l’assassinat d’un enfant Juif à Pontoise en 1171 qui fut inhumé dans le cimetière. Mais les historiens pensent plutôt à l’épisode biblique du massacre des innocents par le Roi Hérode en Judé.

Dans le cimetière, les riches et les bienfaiteurs étaient déposés dans des caveaux individuels. Les pauvres étaient inhumés sommairement dans d’immenses fosses communes de 5 à 15 mètres de profondeur, constamment ouvertes. Les corps étaient entourés d’un simple linceul puis déposés dans la fosse entre deux couches de terre. Les inégalités sociales se poursuivaient jusque dans la tombe.

Malgré l’insalubrité, le quartier était populeux et commerçant mais aussi profané par le crime. Les charrettes portant les corps ou des marchandise traversaient le terrain qui n’était pas clôturé. C’était un va et vient incessant de badauds, voleurs et de chiens errants.

En 1186, Philippe-Auguste, soucieux de la salubrité publique décida d’emmurer le cimetière pour contrer le désordre qui y règnait, d’autre part, il construisa la première puissante fortification militaire de Paris. Le cimetière se retrouva inclus dans l’enceinte de la ville, et ne put s’agrandir car il était entouré de ruelles étroites. A cette époque il devait être ouvert le jour et fermé la nuit mais avec le temps, cette rigueur ne fut pas respectée.

Ce cimetière dédié primitivement aux paroissiens de l’église de Saint-Germain-l'Auxerrois fut rapidement utilisé par d’autres églises, hôpitaux et communautés: Près de 20 paroisses et hôpitaux y déposaient quotidiennement leurs morts. 

 

Au début du XIVème siècle, son sol était déja saturé, et posait des problèmes d’insalubrité. Afin de libérer les fosses, des toits furent construits le long du mur intérieur d’enceinte du cimetière pour recevoir les ossements. D’abord construits indépendamment les uns des autres, ils se regroupèrent et devinrent des charniers Seules les couches superficielles des fosses furent vidées car le fond était impossible à atteindre. La plupart des vieux cimetières de Paris adoptèrent les charniers par manque de place.

 

Le cimetière reçevait son lot de corps lors des épidémies, fréquentes et dévastatrices. Lors de l’épidémie de peste de 1348, 500 inhumations eurent lieu chaque jour. Pour celle de 1418, 50 000 corps furent enterrés dans le cimetière en cinq semaines et l’équivalent pour l’épidémie de 1466.

C'était un lieu très fréquenté. Il était ouvert à tous, même la nuit, cela donnant lieu à des désordres que les riverains dénonçaient. Envahi par les vendeurs et les badauds, c’était un endroit à la mode pour rendez-vous galants, un lieu d'échanges. Pourtant le lieu n’avait rien de salubre les fosses étaient juste recouvertes de quelques planches et des amoncellements d’ossements étaient visibles partout. De plus, les riverains y jetaient leurs ordures et immondices; c’était un dépotoir publique. Sous les charniers, malgré l’odeur et l’humidité, se côtoyaient les petits métiers : drapiers, écrivains, vendeurs de livres. Les étalagistes fixaient leurs produits sous les arcades, il fallait donc enlever les marchandises lors des enterrements puis les remettre ensuite. Malgré l’interdiction d’y faire commerce, les vendeurs savaient y rencontrer leur clientèle. Le quartier des halles était à l’époque une véritable plaque tournante du commerce à Paris, et était constamment encombré par les charrettes des livreurs.

Une vieille légende parisienne attribuait des vertus au sol du cimetière en racontant que sa terre était si pourrissante qu’un corps humain y était consommé en neuf jours, c’est pourquoi tout le monde souhaitait y être enterré.

 

Au 17e siècle, la situation sanitaire du cimetière était des plus catastrophiques, le quartier était pourrissant. L’eau des puits était imbuvable, les aliments des caves voisines dans les échopes étaient avariés en quelques heures et, par temps chaud, l’air portait des microbes contagieux.

 

Ce n’est qu’en 1737, que des chimistes et médecins de l’académie de sciences inspectèrent le cimetière après plus d’un siècle de plaintes et de pétitions des riverains. L’année suivante ils déclarèrent que la première source d’infection, du moins la plus dangereuse était causée par le déversement des déjections et eaux sales dans le cimetière ou dans les rues avenantes. La principale habitation visée était cet immeuble de cinq étages construit en 1669 rue de la Ferronnerie surplombant le cimetière. Equipé du cabinet d’aisance uniquement au premier étage, les occupants semblaient ne pas prendre le temps de descendre, et jetaient tout par les fenêtres. La seconde source d’infection causée par la décomposition des corps semblait selon eux ne pas exercer d’influence sur la santé. Ils conclurent par un rapport qui empêcha les locataires de jeter les eaux sales en faisant sceller des barreaux aux fenêtres, et de faire vider les fosses communes en y changeant la terre avec un autre terrain sain. Ces mesures étaient sages mais insuffisantes et rien ne changea.

 

Le 30 mai 1780 un événement dramatique survint. Le mur d’une cave soutenant une fosse de près de 10 mètres, rue de la Lingerie, s’effondra déversant des centaines de corps et intoxiquant les occupants. C’en était trop ! Depuis quelques temps les émanations traversaient les murs suintant des caves humides. Un rapport signale avant l’accident des cas d’intoxication et une infection cutanée chez un maçon.

Après les affaires à rebondissements entre l’église et l’état que la population suivait avec délectation, le cimetière fut fermé le 1er décembre 1780 et reposa pendant 5 années.

C’est durant cette période que l’idée de vider le cimetière et d’aménager un ossuaire souterrain fit son chemin. En effet, une brochure anonyme publiée à Londres en 1782 était présentée au gouvernement et ecclésiastique de Paris. Elle suggèrait d’utiliser les anciennes carrières de pierre à bâtir souterraines existantes intra et extra-muros pour en faire des catacombes.

La solution de faire un ossuaire souterrain fut acceptée. C’est l’inspection des carrières créée en 1777 qui fut chargée de trouver et d’aménager un endroit assez vaste pour accueillir tout le contenu du cimetière et des charniers, avec près de 2 millions de corps. L’endroit choisi se situait en dehors de la ville au lieu-dit de la "tombe-Issoire" dans de vieilles carrières du XVe siècle.

Le sol du cimetière s’était surélevé de 2,50 m au cours des siècles, la terre fut passée au tamis et les charniers détruits. Seul l’immeuble de la rue de la Ferronnerie resta debout avec son charnier qui fût vidé et ses arcades transformées en boutiques.

Le transfert des ossements commença en 1786. A la tombé de la nuit les chars funèbres partaient recouverts de draps mortuaires, éclairés par des flambeaux et accompagnés par des prêtres chantant l’office des morts. Ce rituels se renouvela pendant 15 mois. Ensuite, à chaque modification du quartier des ossements étaient trouvés et portés aux catacombes.

 

L’église fut détruite en 1787. L’endroit devint un marché, et la fontaine accollée à l'église fut déplacée au centre de la place. En 1856, le projet de construction des Halles de Baltard rendit le marché inutile. Il fut remplacé par un square aux dimensions plus restreintes, similaires à celles d'aujourd'hui, devenu aujourd'hui la place Joachim du Bellay...

 

 

Les Charniers

Ils ont été construit à l’intérieur de l'enceinte du cimetière sur des voûtes et arcades gothiques. La partie basse recevait les caveaux des gens fortunés et servait de promenoir. La partie haute située sous les toits servait de charniers où finissait le trop plein des fosses communes. C’étaient des combles parfois à deux étages.

Sous les arcades se trouvaient des décorations funéraires ainsi que les marques des bienfaiteurs dont les dons avaient servi à la construction des charniers. On pouvait trouver sous les voûtes en ogive, des épitaphes, des objets de piété, des tableaux...

Quatre charniers furent construits à l’intérieur du cimetière contre les murs : Charnier de la Vierge (ou petit charnier), Grand charnier, Charniers des écrivains et Charnier des lingères.

Il s’agissait de galeries où on déposait dans les combles les ossements et étaient composés d’arcades. Celles-ci étaient très largement décorées et construites grâce au mécénat des bourgeois parisiens.

On peut citer notamment l’arcade de Nicolas Flamel (dont la légende indiquait qu’elle comportait le mythe de la pierre philosophale) et la danse macabre (réalisée à la demande du duc de Berry, frère de Charles VI à la mémoire du duc Louis d’Orléans assassiné en 1407 rue Vieille du Temple).

Lorsque le cimetière fut vidé, les charniers disparurent sauf ceux situés sous l’immeuble de la rue de la Ferronneries qui furent vidés et transformés en boutique.

 

La Danse Macabre : était une série de quinze tableaux, peints en 1424 sur le mur intérieur du cimetière, sous le Charnier des Lingères. Ils représentaient la société féodale au XVe siècle avec l’ordre ecclésiastique et l’ordre laïque. Chaque scène impliquait un personnage de chaque ordre accompagné de la mort, représentée par un squelette souriant ou grimaçant. En dessous, figurait un dialogue en vieille rime française entre le mort et le vif. Cette composition inspira de nombreux artistes en France et en Europe. Ces fresques furent adaptées selon le goût de l’époque ; Dijon en 1436, Londres en 1438, Bâle en 1439... La Danse Macabre disparut lors de l’aménagement de la rue de la Ferronnerie en 1669.

 

La Mort Saint-Innocent 
Une statue faite d’albâtre mesurant près d’un mètre appelée La Mort Saint-Innocent se trouvait sous le petit charnier. Elle représentait un cadavre en décomposition avec un air grimaçant, se tenant debout, habillé d’un linceul. Cette statue était exhibée à la foule lors des processions de la Toussaint .

 

 

 

Les réclusoires : Le cimetière posséda jusqu'à deux reclusoirs, qui étaient les plus célèbres de tous ceux de Paris. Des femmes, par esprit de dévotion, se faisaient emmurer vivantes dans des petites maisons adossées à l'église du cimetière. Le journal de Paris raconte : "le jeudi 11 octobre 1442, fut la recluse, nommée Jeanne la Voirière, mise par maître Denis du Moulin, lors évêque de Paris, en une maisonnette toute neuve dedans le cimetière des Innocents". Bien installées certaines jouissent d'une longévité exceptionnelle et c'est ainsi qu'en 1470 Louis XI veut honorer une certaine Alix la Bourgotte récemment décédée, après avoir passé 46 ans recluse aux saints Innocents. A la même époque d'autre femmes y sont emmurées mais contre leur gré comme cette Renée de Vendômois condamnée pour le meurtre de son mari.

En savoir plus sur les recluses

 

6 – Rue Aubry-le-boucher

Angle des rues Saint-Martin et Aubry-le-Boucher : C'est à cet endroit que des combats sanglants eurent lieu, dans la soirée du 5 juin 1832, lors de l'enterrement du général Lamarque. L'artillerie de la monarchie détruira la barricade construite à ce carrefour. Les insurgés vont se retrancher cloître Saint Merry et seront en grande partie massacrés.

Le général Lamarque était un député républicain, opposant à la Monarchie de Juillet, auréolé de la gloire de l’Empire. Il meurt le 1er juin, emporté par l’épidémie de choléra de 1832. Ses funérailles ont lieu le 5 juillet et vont déclencher de violentes émeutes dans l’est parisien. Cette émeute n’est pas préparée par les républicains mais nait comme un feu de paille à l’initiative des gens du peuple. L’émeute qui dure 2 jours est noyée dans le sang par la garde nationale. Louis-Philippe décrétera l’éta de siège qui ne sera levé que le 29 juin.

 

C’est à cet endroit que Victor Hugo, dans Les Misérables, fait tomber Gavroche en chantant « C’est la faute à Voltaire… c’est la faute à Rousseau ».

 

LA MORT DE GAVROCHE

Lors de la révolte de juin 1832, les républicains affrontent les gardes nationaux et les soldats du roi, envoyés pour rétablir l’ordre. À la barricade de la rue Saint-Denis, les républicains manquent de munitions. Gavroche sort afin de récupérer les cartouches des soldats morts au combat.

 

"Au moment où Gavroche débarrassait de ses cartouches un sergent gisant près d’une borne, une balle frappa le cadavre.

— Fichtre ! fit Gavroche. Voilà qu’on me tue mes morts.

Une deuxième balle fit étinceler le pavé à côté de lui. Une troisième renversa son panier.

Gavroche regarda, et vit que cela venait de la banlieue.

Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l’œil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta :

On est laid à Nanterre,

C’est la faute à Voltaire ;

Et bête à Palaiseau,

C’est la faute à Rousseau.

Puis il ramassa son panier, y remit, sans en perdre une seule, les cartouches qui en étaient tombées, et, avançant vers la fusillade, alla dépouiller une autre giberne. Là une quatrième balle le manqua encore. Gavroche chanta :

Je ne suis pas notaire,

C’est la faute à Voltaire ;

Je suis petit oiseau,

C’est la faute à Rousseau.

Une cinquième balle ne réussit qu’à tirer de lui un troisième couplet :

Joie est mon caractère,

C’est la faute à Voltaire ;

Misère est mon trousseau,

C’est la faute à Rousseau.

Cela continua ainsi quelque temps.

Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d’anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme ; c’était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu’elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s’approchait, le gamin lui donnait une pichenette.

Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri ; mais il y avait de l’Antée dans ce pygmée ; pour le gamin toucher le pavé, c’est comme pour le géant toucher la terre ; Gavroche n’était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté d’où était venu le coup, et se mit à chanter.

Je suis tombé par terre,

C’est la faute à Voltaire,

Le nez dans le ruisseau,

C’est la faute à…

Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler."

 

Les Misérables, Tome V Jean Valjean, Livre premier La guerre entre quatre murs, Chapitre XV Gavroche dehors

 

7 – Rue Quincampoix

La rue est ainsi décrite en 1719 :

« La rue Quincampoix (où était installée la banque générale de John Law) était remplie de commerçants de toute classe, dont la plupart avaient abandonné leur profession pour devenir courtiers […] Les gens d'occupation mécanique, les commis des financiers, les praticiens, des soldats et des laquais travestis, des femmes même de tout âge, belles ou laides, enfin nombre de gens sans aveu, filous et autres, s'y escrimaient pêle-mêle, jouant au plus fin […] Certains, prévoyant que le terrain de cette rue monterait à haut prix, s'emparèrent de toutes les maisons à louer aussi bien que des appartements ; […] on n'en excepta même pas les greniers et les caves. Un savetier qui travaillait sous quatre planches, s'avisa de métamorphoser sa petite hutte en bureau qu'il garnit de plusieurs petits tabourets pour y faire asseoir des femmes que la curiosité attirait dans cette place. Voyant que cette idée lui réussissait, il abandonna son métier pour fournir des plumes et du papier. Son attention dans ce nouveau métier lui a valu jusqu'à deux cents livres par jour, dans le fort des négociations. Il n'y avait personne, si dénué qu'il fût de secours, qui, à la faveur du négoce qui se faisait dans cette place, ne trouvât à vivre et même à gagner pour l'avenir. Ceux qui n'avaient ni talent ni profession s'avisèrent d'offrir leur dos aux actionnaires qui, ne pouvant se débarrasser de la foule, étaient charmés de s'en servir pour y faire le calcul de leurs opérations. Certain gentilhomme, après s'être bien intrigué, avait trouvé moyen d'avoir une échoppe, mais si petite et si étroite qu'il n'y avait d'autre table que le dos d'un bossu qu'on collait pour ainsi dire contre le mur dans le temps qu'on voulait s'en servir. Parmi le grand nombre de domestiques qui quittèrent leurs maîtres pour chercher fortune, on a vu certains laquais profiter habilement de ces heureuses révolutions. Le dernier maître qu'il avait servi fut extrêmement surpris, lorsqu'un jour, revenant à pied de la rue Quincampoix pour joindre son carrosse, il se vit faire une politesse par Languedoc. « Permettez-moi, monsieur, lui dit-il en l'abordant, que je profite de cette rencontre pour vous rendre mes très humbles devoirs. Si Monsieur, par hasard, avait renvoyé son carrosse, j'ai le mien ici près, qui le ramènera. »

— Marmont Du Hautchamp, Histoire du système des finances, sous la minorité de Louis XV. pendant les années 1719 & 1720

La rue Quincampoix a été désignée populairement comme « rue des Mauvaises-Paroles » et comme « rue des Cocus ». C'était encore un lieu de prostitution notoire dans les années 1960-1970.

Une grande partie des façades de la rue Quincampoix est inscrite à l’inventaire des monuments historiques.

 

8 – Le cabaret de l’épée de Bois (niveau 54 rue Quincampois)

 

L’Épée de Bois reste lié au meurtre de Lacroix perpétré par le comte de Horn. La victime s’était enrichie dans les manipulations financières en rapport avec le « système » de Law. Le scandale fut considérable en raison de la personnalité du comte Antoine de Horn, frère d’un prince allemand et surtout parent du régent Philippe d’Orléans qui gouvernait la France. Vendredi Saint, le 20 mars 1720 : de Horn, accompagné d’un gentilhomme piémontais dénommé Demiles, y rencontrèrent Lacroix soi-disant pour parler affaires. Les trois hommes s’installèrent au 1er étage tandis que quelqu’un faisait le guet dans la rue. Horn et Demiles tuèrent Lacroix. Un valet alerta la garde qui les arrêta. Des nobles tentèrent d’influencer Philippe d’Orléans quant au jugement. Ce dernier répondit : « Quand j’ai du mauvais sang, je me le fais tirer ». Ils furent roués le 26 mars 1720 en Place de Grève.

 

 

9 – La rue Beaubourg (rue Transnonnain)

 

Auparavant appelée rue Transnonnain, inscription encore gravée au n°79 (Trousse-nonnain) puis Trace-putain pour décrire certaines activités du quartier.

Le 13 avril 1834 : journée insurrectionnelle et massacre. D’une fenêtre, un insurgé tue un soldat blessé qu’on emmenait sur une civière. Les habitants de cette maison sont tous tués étage par étage.

 

 

 

Publiée par L’Association mensuelle cette lithographie d'Honoré Daumier est une des œuvres majeures de l’histoire de l’estampe du XIXe siècle. Elle figure les résultats d’une bavure policière qui eut lieu le 14 avril 1834 lors de la répression d’une émeute  déclenchée par la loi contre le droit d’association.

Les premières années du règne de Louis-Philippe (1830-1848) sont marquées par divers mouvements populaires dont la répression fait rapidement retourner à l’opposition les républicains d’abord favorables au régime.

La Société des Droits de l’homme voit dans la République le seul régime capable de fonder une vraie justice sociale. Cette association, importante sous la Monarchie de juillet (1830-1848), regroupait à l’origine des républicains modérés et extrémistes.

Très vite, ces derniers l’emportent et font publier le Manifeste de la Société des droits de l’homme dans le journal La Tribune le 22 octobre 1833.

Pour juguler la propagande républicaine, le gouvernement fait voter une série de lois qui soumettent la profession des crieurs publics et marchands de journaux ambulants à une autorisation toujours révocable, interdisent les associations politiques et défèrent devant la chambre de Paris les complots contre l’Etat.

 

En réaction à ces lois, le journaliste Armand Carrel invite ses lecteurs du National à « répondre à la suspension de la légalité par la suspension de l’ordre public ».

 

Le 9 avril 1834, une manifestation est organisée à Lyon par la Société des Droits de l’homme et le Conseil exécutif des sociétés ouvrières de secours mutuel. L’émeute des ouvriers soyeux qui s’ensuit (9-12 avril) s’étend dès le 13 avril à la capitale. Thiers la laisse se développer pour mieux l’écraser. L’émeute s’achève à Paris, le 14 avril, par le massacre des habitants d’une maison située au 12 de la rue Transnonain.

 

 

Et pour savourer cette visite... on commence par déjeuner à LA TAVERNE DE L'ARBRE SEC... chaleureux et succulent !

 

 

Et on termine en dégustant une praluline de François Pralus, maître chocolatier rue Rambuteau !

 

 

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