Nicolas Flamel

L'histoire de Nicolas Flamel a traversé les âges : qui était cet homme discret, en quête de perfection, qui aurait trouvé le moyen de se survivre?

 

 

Qui était Nicolas Flamel ?

 

Nicolas Flamel serait né à Pontoise en 1330 et mort à Paris en 1418. Ses parents étaient de condition modeste, mais ils parvinrent néanmoins à lui faire acquérir une bonne et solide instruction.

Officiellement, Nicolas Flamel est juré de l'Université de Paris. Il gagne sa vie en donnant des consultations juridiques, en copiant des livres et en enjolivant des manuscrits. C'est alors un métier fort apprécié car l'imprimerie n'est pas encore inventée. Nicolas Flamel est établi à son compte, installé avec d'autres membres de sa corporation autour de l'église St Jacques le Boucher.

Le ménage Flamel mène une existence simple, s'habille modestement, mange dans de la vaisselle de terre, observe scrupuleusement ses devoirs religieux.

Le travail de Nicolas Flamel est apprécié et lui fournit les moyens d'une existence aisée. Sa réputation est grande et va jusqu'à lui valoir la clientèle et la protection des gentilshommes de la cour.

Mais son activité essentielle, celle à laquelle il consacre une grande partie de sa fortune et de son temps, est toute autre : Nicolas Flamel est alchimiste. C'est grâce à cette activité que son souvenir nous a été conservé.

Nicolas Flamel est un savant, un chercheur. Il rêve et tente de transformer le plomb en or.

Pour effectuer ses travaux, il dispose de trois grandes et belles pièces de sa maison, qui sont en retrait par rapport à la rue.

Son épouse, dame Pernelle, est pour lui une collaboratrice précieuse. Elle l'aide efficacement dans ses manipulations, l'encourage et le réconforte aussi, lorsqu''il lui arrive de perdre courage, car les travaux et les recherches d'un alchimiste ne sont pas toujours couronnés de succès

 

Un homme généreux

 

Nicolas Flamel a laissé le souvenir d'un homme particulièrement généreux. On sait qu'il a dépensé beaucoup d'argent en faveur d'œuvres charitables.

D'où lui venait cette fortune?

Certains ont imaginé qu'il avait pu réussir "le Grand œuvre", la transmutation des métaux en or… sans preuve évidemment.

On sait qu'il a fait graver à ses initiales la première arcade du chantier des Innocents  à Paris, qu'il a fait élever un portail pour l'église St Jacques le Boucher - juste en face de sa maison- et un autre quelque temps plus tard, pour l'église Ste Geneviève des Ardents. Il a également fait construire un mausolée sur la tombe de Dame Pernelle, après la mort de celle-ci.

 

L'installation de l'alchimiste

Nicolas Flamel a fait construire sa maison à l'angle de deux rues (aujourd'hui, la rue Marivaux et la rue des Ecrivains). "A la fleur de lys", c'est l'enseigne qu'il a choisi de placer au-dessus de sa porte d'entrée.

C'est là qu'il forme des ouvriers et des copistes de psautiers et de manuscrits. C'est là aussi qu'il enseigne les mathématiques et la grammaire. C'est là encore qu'il vit avec dame Pernelle, son épouse.

 

 

La  bibliothèque 

 

Avant de se lancer dans des recherches difficiles, une documentation est nécessaire.

C'est ainsi que Nicolas Flamel possède dans sa bibliothèque les ouvrages de ses prédécesseurs. Il les a lus et relus.

Il s'est maintes fois penché sur le manuscrit d'Arnaud de Villeneuve (1245-1313). Il s'agit d'un ouvrage datant du XIII° siècle, écrit alors que son auteur était médecin du roi d'Aragon.

Nicolas Flamel connaît aussi les œuvres de Raymond Lulle (vers 1235-1315) cet alchimiste qui aurait été enfermé dans la Tour de Londres afin d'y fabriquer de l'or pour le roi d'Angleterre.

Comme tous les alchimistes, Lulle se montre des plus discrets sur la façon d'obtenir la pierre philosophale, cette fameuse substance qui doit permettre de transmuter les métaux en or : "Prends, dit-il, de cette substance exquise, gros comme un haricot. Projette-la sur mille onces de mercure. Celui-ci sera changé en poudre rouge. Ajoute une once de cette poudre à mille onces d'autre mercure, la même transformation s'opérera. Répète deux fois cette opération et chaque once changera mille onces de mercure en pierre philosophale".

Nicolas Flamel rêva un soir qu’il tombait nez à nez avec un ange. Ce dernier tenait un livre dans ses mains. Il expliqua rapidement à l’alchimiste en herbe que le livre était bénit d’entre tous les livres et qu’un jour il arriverait à en percer les mystères. Nicolas Flamel trouve le fameux manuscrit qu’il a entrevu dans son rêve : le Livre d’Abraham le Juif. Un manuscrit dès plus rare, édition unique et numérotée. Sur la première page, l’inscription suivante était tracée en lettres d’or : “Abraham le Juif, Prêtre, Prince, Lévite, Astrologue et Philosophe, au Peuple Juif dispersé en France par la Colère de Dieu, Souhaits de Prospérité”. La dédicace était suivie d’anathèmes proférés à l’encontre de quiconque ouvrirait ce livre sans être prêtre ou scribe.

Malheureusement, Nicolas est bien incapable de traduire la plupart des symboles qui composent l’ouvrage. Pendant, plus de vingt ans, il s’évertue à déchiffrer le manuscrit. Pour cela, il part pour l’Espagne où, dans la ville de León, il a le bonheur de rencontrer un certain Maître Canches, éminent savant juif. En apercevant le manuscrit, ce dernier reconnaît un fragment d’un livre qu’il croyait à jamais perdu. Il décide aussitôt de revenir en France avec Flamel afin de consulter l’ouvrage. Mais, à Orléans, terrassé par la maladie, il s’éteint rapidement. Après avoir mis en terre son nouvel ami, Flamel rentre seul à Paris. Et là, comme par miracle, sa fortune croît à un rythme exponentiel.

Le Livre d’Abraham le juif a disparu. Certains pensent que Richelieu aurait été le dernier propriétaire. Il aurait, d’ailleurs, bâtit un laboratoire au Château de Rueil en vue d’accueillir des savants aptes à déchiffrer l’ouvrage.

 

Les locaux

 

Nicolas Flamel a choisi de s'installer dans un endroit tranquille, à l'abri des regards indiscrets. Il dispose d'un matériel qu'il a lui-même construit, comme le veut la tradition. Ce matériel est simple, et connu depuis longtemps. C'est ainsi qu'on trouve:

- Un athanor. C'est l'appareil de chauffage. Il est alimenté au bois ou à l'huile, mais jamais au charbon de terre.

- A l'intérieur de l'athanor, on place l'œuf philosophique. C'est un récipient en forme d'œuf réalisé en terre cuite, en verre ou en cristal.

- On trouve aussi des pinces, des tisonniers, des marteaux, des soufflets, de nombreux récipients de formes et de tailles diverses, en grès, en verre, en terre cuite…

- Nicolas Flamel utilise aussi un alambic, avec lequel il effectue des distillations. Il l'appelle Pélican à cause de sa forme.

- L'installation est complétée par un miroir mobile qui permet de refléter la lumière du soleil ou celle de la lune.

Par contre, il n'y a aucun instrument capable de mesurer le temps avec précision, ni de mesurer la température ou la pression.

Enfin, il n'y a pas d'alchimie sans oratoire : Il s'agit d'un lieu où l'on peut se recueillir et prier. Nicolas Flamel a fait installer le sien dans une petite pièce jouxtant son laboratoire. Il y règne une pénombre propice au recueillement.

 

L'athanor

 

Ce mot qui vient de la langue arabe signifie "four".

Il se présente sous la forme d'une petite tour surmontée d'une coupole. Il contient un récipient en forme d'œuf qui repose au-dessus de la flamme sur un lit de sable ou de cendres.

Il sert à effectuer des expériences, des travaux métallurgiques ou chimiques.

L’athanor symbolise des éléments qui agissent dans l'univers et en particulier le feu, force créatrice particulièrement importante qui doit être utilisée avec méthode et précaution.

 

L’œuvre de Nicolas Flamel

 

De l'œuvre de Nicolas Flamel, il ne nous est parvenu qu’un livre: le Livre des figures hiéroglyphiques. Dans cet ouvrage, écrit en latin, on trouve par exemple ce passage : "Elles serviront comme de deux chemins pour mener à la vie céleste, le premier sens plus souvent enseignant les sacrés mystères de notre salut, l'autre enseignant à tout homme pour peu qu'il soit entendu en la prière, la voie linéaire de l'œuvre". Ces écrits n'ont de sens que pour les initiés. On y trouve aussi quelques recettes d'alchimie, mais qui ne sont pas révélatrices d’un réel succès.

Des autres ouvrages de Nicolas Flamel, le Psautier chimique et le Traité d'alchimie, aucun exemplaire n’est parvenu jusqu’à nous. Personne ne peut dire ce qu’il a réellement réalisé.

 

La légende

 

La légende attribue à Nicolas Flamel la découverte de fabuleux secrets, en particulier celui qui permettait de traverser corporellement les siècles.

Lui-même affirme avoir découvert la pierre philosophale et avoir transformé le mercure en argent, "un argent bien meilleur que celui des mines". Cela se serait passé le 17 janvier 1382.

Le 25 avril de la même année il déclare avoir cette fois transformé le mercure en or : "En suivant toujours mot à mot mon livre, je fis la transmutation avec la pierre rouge sur quantité semblable de mercure, en présence encore de Pernelle, seuls en notre maison, vers cinq heures du soir, le 25 avril suivant, que je transmutai en autant d'or pur que plus doux et plus pur que l'or commun".

Après la mort de Flamel en 1419, d’étranges rumeurs commencent à circuler : la pierre philosophale serait cachée dans l’une de ses anciennes demeures. Ses maisons sont fouillées méticuleusement, certaines seront mêmes détruites. On raconte aussi que le libraire et son épouse seraient toujours vivants. Ainsi, en 1712, Paul Lucas aurait rencontré en Asie Mineure un derviche qui lui parla d’alchimie et lui confia que Nicolas Flamel était toujours bien vivant. Il serait d’ailleurs quelque part en Inde avec son épouse.

 

Mais de ces "découvertes" annoncées, nous ne possédons aucune confirmation, aucune trace.

Pour Nicolas Flamel et ses condisciples, il ne s'agissait pas seulement de découvrir la pierre philosophale et les secrets de la transmutation des métaux. Le but de leurs recherches était avant tout de découvrir les secrets cachés à la plupart des hommes et finalement, d'approcher Dieu.

"La chose que tu cherches depuis si longtemps, écrit l'alchimiste Morenius, ne peut être acquise ou accomplie par la force ou par la passion. On ne peut la trouver que par la patience et l'humilité et par l'amour le plus constant et le plus parfait. Car Dieu accorde cette force et divine science à ses fidèles serviteurs, c'est-à-dire à ceux à qui il a  décidé de l'accorder par la nature originelle des choses".

Et Nicolas Flamel de déclarer, de son côté : "Tout vient de Dieu et tout doit y retourner".

 

A sa mort, Nicolas Flamel légua une grande richesse, une inspirante réputation de bienfaiteur et d'alchimiste, certains écrits hiéroglyphiques, un voyage symbolique à Saint Jacques de Compostelle ("l'étoile du compost") et les Frères Aînés de la Rose+Croix reconnaissent dans cet "Aîné de la Flamme", un ancien Impérator...

 

Il fut enterré à l'Eglise Saint Jacques de la Boucherie. Durant la révolution, l'église fut démolie et il n'en reste de nos jours que la tour qui permet à certains visiteurs privilégiés une vue insoupsonnée de Paris...

 

La pierre tombale

 

La petite histoire raconte qu'à cette époque la pierre tombale fut vendue à une marchande de légumes qui utilisait l'autre face comme support pour hacher ses épinards... Quoiqu'il en soit, elle est conservée au musée de Cluny à Paris.

 

 

Voici le message de la pierre tombale : "Feu Nicolas Flamel, jadis écrivain public, a laissé par son testament à l'œuvre de cette église certaines rentes et maisons, qu'il avait acquises et achetées de son vivant, pour faire chaque année certains services divins et aumônes touchant les Quinze-Vingt, l'Hôtel Dieu et d'autres églises et hôpitaux de Paris. Qu'il soit prié ici pour les trépassés."

 

Trois personnages en buste apparaissent dans la fenêtre, en haut de l'inscription. Ils sont couronnés d'une auréole.

Au centre le personnage tient de sa main gauche le globe crucifère, symbole de notre monde et en notation spagyrique* l'antimoine. De sa main droite il bénit. Sa tête se tient entre les deux luminaires, le soleil et la lune. Il s'agit de Dieu, du Créateur. La croix du globe crucifère touche la lune.

A sa droite l'homme porte une clef, l'identifiant à Saint Pierre. A sa gauche l'homme portant l'épée est Saint Jacques. Cette représentation de Saint Jacques nous rappelle que la stèle funéraire se trouvait, à l'origine, dans l'église de Saint Jacques la Boucherie où fut enterré Nicolas Flamel. Saint Jacques est considéré comme le successeur chrétien de l'Hermès grec, le Mercure des latins. Cette résonance ici n'étonne pas.

 

Des symbolistes voient ici une clé qui permettrait de trancher le noeud gordien du Grand Oeuvre : un décharné est allongé, et non un squelette. Des morceaux de chair sont visibles. Il nous parle : "De terre suis venu et en terre retourne".

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