Visite à l'Institut du Monde Arabe

November 12, 2017

LA PENINSULE ARABIQUE

DU 1ER MILLENAIRE AVANT NOTRE ERE A L'EMERGENCE DE L'ISLAM

 

Qu’est-ce que le monde arabe aujourd’hui ?

Le monde arabe se définit par un ensemble de peuples et d’états parlant majoritairement l’arabe, partageant une culture commune, fondée sur une langue, l’alimentation méditerranéenne et la prégnance de la religion musulmane.

Attention, il faut distinguer le monde arabe formé de l’ensemble des pays membre de la Ligue arabe et le monde « musulman » qui étend le monde arabe à des états voisins musulmans (comme la Turquie, l’Iran ou le Pakistan).

 

Le monde arabe actuel

 

Qu’est-ce que le monde arabe avant la formation de l’état musulman en 622 ?

Ce sont surtout les Grecs et les Romains qui associent ce peuple à la péninsule Arabique. Après les conquêtes d’Alexandre le Grand, au IVe siècle avant l’ère chrétienne, ils divisent généralement la région en trois parties : l’« Arabie  pétrée », faite de pierre, au nord, l’« Arabie déserte », terre de nomadisme et de commerce, et l’« Arabie heureuse », au sud. Enrichie par le commerce des matières aromatiques, comme l’encens, cette zone verdoyante qui correspond peu ou prou à l’actuel Yémen est de loin la région la plus peuplée.

 

L’Arabie préislamique

 

L’Arabie heureuse / le Yémen actuel

Le Yemen actuel a une position stratégique commerciale, au sud de la péninsule, au bord de la mer Rouge ouverte au nord par le canal de Suez creusé au 19e siècle et au sud par du détroit de Bab-el-mandeb qui place le pays sur une des principale route commerciale du monde méditerranéen vers l’Asie.

On a nommé cette région Arabie heureuse à cause de son climat et de la fertilité de ses hauts plateaux arrosés par des pluies de mousson qui viennent butter contre les montagnes. Il se forme alors des torrents, qui font grossir les ouâdis, ces petits ruisseaux temporaires qui sont en crue deux fois par an.

Cela a permis la formation d’oasis permettant aux hommes de se sédentariser et de pratiquer l’agriculture.

Au 1er millénaire AV, ceux-ci ont construit des digues le long des ouâdis pour en maîtriser les crues. On a pu alors produire des palmiers, des dattiers, des légumes, planter des arbres et en particulier ces arbres à résine aromatique (myrrhe et encens) qui vont faire la fortune des petits royaumes qui se forment dans cette région et qui en contrôlent la production.

Parmi ces petits royaumes, le plus connu est celui de Saba. Sa renommée est due à la reine de Saba dont la Bible et le Coran relate la rencontre avec Salomon et pour son exploitation de ces arbres dont les résines sont plus précieuses que l’or et partent vers tout le monde méditerranéen.

Ces royaumes seront unifiés par le seul royaume de Himyar qui dominera tout le sud-ouest de l’Arabie à partir de 440 AP et pendant plus d’un siècle.

 

Les royaumes d’Arabie heureuse

 

En savoir plus : Le dessous des cartes, Le Yemen

 

L’émergence de la culture arabe

Ces royaumes ne peuvent être qualifiés d’arabes sans anachronisme.

Le reste de la péninsule, l’Arabie « déserte » est morcelée de principautés éphémères localisées dans de belles oasis et qui ont laissé des vestiges archéologiques spectaculaires.

Le plus souvent, la tribu dominante réunit la population sédentaire d’une oasis et ds éleveurs nomades. Ce sont les sédentaires qui détiennent le pouvoir.

Ces peuples de l’Arabie déserte peuvent être qualifiés en partie d’arabes.

Chaque région possède sa propre langue, ses dieux, ses institutions. On trouve la première mention du mot « arabe » vers -853, dans les annales du roi d’Assyrie Salmanasar III. L’origine du mot, même si elle est discutée, semble dériver d’un mot lié au déplacement, au fait de passer et qui rattache donc ce mot aux peuples nomades de l’Arabie déserte.

Les mentions du mot se multiplient ensuite dans les sources mésopotamiennes et pendant près d’un millénaire, le terme « arabe » se retrouve exclusivement dans des sources étrangères (Bible, littérature grecque classique).

C’est seulement à partir du règne d’Alexandre le grand (336-323 AV) que l’Arabie incut l’ensemble de la péninsule. Dès lors, les savants grecs et romains appellent « arabes » tout habitant de la péninsule.

La conscience d’appartenir à un même ensemble ethnique ne vient donc pour ces peuples, qu’ils soient nomades ou sédentaires, que très tardivement. Peu à peu on observe une tendance à l’homogénéisation linguistique, due probablement à l’intensification des échanges, lors des pèlerinages et foires, occasions de joutes poétiques, qui développent les solidarités.

En 328 AP, on relève pour la première fois le terme « arabe » dans un document en langue arabe.

 

 

Petit rappel chronologique

Vers -3000 : apparition de l’écriture

De -1570 à -1320, période égyptienne du Nouvel Empire avec le règne des prestitgieux pharaons de la 18e dynastie (Hatschepsout, Akhénaton, Toutankhamon) et de la 19e dynastie (Ramses II)

-1000 : Emergence de Himyar qui réunit les petits royaumes de l’Arabie Heureuse (dont le royaume de Saba)

-900 : Les Grecs adoptent l’écriture phénicienne

-853 : Première mention du mot « arabe » dans les annales du roi d’Assyrie Salmanasar III. L’origine du  mot, même si elle est discutée, semble dériver d’un mot lié au déplacement, au fait de passer. Une grande partie en effet des peuples de la péninsule arabique sont des nomades.

-814 : Fondation de Carthage par les Phéniciens

-753 : fondation de Rome

-750 : Colonisation du pourtour méditerranéen par les Grecs

-509 : Rome devient une république

-461 : apogée d’Athènes

-334 : Campagne d’Alexandre Le Grand

-331 : Alexandre bat Darius III ce qui entraîne la domination grecque de l’Egypte qui précède la domination romaine. L’Arabie inclut alors l’ensemble de la péninsule et les savants grecs et romains appellent « arabes » tout habitant de la péninsule. Cependant, avant l’ère chrétienne, chaque région possède sa propre langue, ses dieux, ses institutions. Peu à peu on observe une tendance à l’homogénéisation linguistique, due probablement à l’intensification des échanges, lors des pèlerinages et foires, occasions de joutes poétiques, qui développent les solidarités. La conscience d’appartenir à un même ensemble ethnique ne vient donc pour ces peuples, qu’ils soient nomades ou sédentaires, que très tardivement.

-44 : assassinat de César

ERE CHRETIENNE

106 : Occupation de la péninsule arabique par les Romains

312 : Conversion de l’empereur romain Constantin au christianisme

328 : On relève pour la première fois le terme « arabe » dans un document en langue arabe.

440 - 540 : Domination du sud-ouest de l’Arabie par le royaume chrétien de Himyar

512 : plus ancien texte en langue arabe

552 : Victoire de La Mecque sur Abraha, le prince chrétien du Himyar

622 : fondation de l’état musulman par Mahomet

 

VITRINE 1 / LA REINE DE SABA

Sources : AKADEM, bibliothèque numérique

Un des mythes fondateurs de l’Ethiopie Le roi Salomon et la reine de Saba La visite de la reine de Saba à Jérusalem est brièvement racontée dans le Livre des Rois et a donné naissance à de nombreuses légendes, traditions et histoires. C'est la légende éthiopienne, rapportée dans le récit du Kebra Nagast (La Gloire des Rois), rédigé au XIV e siècle par un moine orthodoxe qui livre la description la plus complète de cette figure mythique.

La rencontre à Jérusalem

La reine de Saba apprit la renommée que possédait Salomon et elle vint pour l'éprouver par des énigmes. Elle arriva à Jérusalem avec une suite nombreuse, des chameaux portant des aromates, de l'or et des pierres précieuses. Elle se rendit auprès de Salomon qui répondit à toutes ses questions et l’impressionna fortement par sa sagesse.

Salomon lui proposa de devenir sa femme, mais elle refusa, car il en avait déjà plusieurs. Il lui promit alors de ne rien lui demander, si elle acceptait de ne rien prendre dans son palais. Dans le cas contraire, il aurait le droit de lui demander quelque chose, qu'elle ne pourrait refuser. Elle accepta. Un soir, après avoir assisté à un banquet où la nourriture était épicée, elle eut très soif. Dans le palais courait un ruisseau qui avait été détourné exprès et lui permit de se désaltérer. Mais Saba découvrit que Salomon l'observait. Il lui rappela sa promesse, et lui demanda de partager sa couche…

Après être restée six mois, Saba désira rentrer dans son pays. Au moment du départ, Salomon donna un anneau à la reine et lui dit : « Prends-le afin de ne pas m'oublier et si jamais j'ai une descendance de ton sein que ceci en soit le signe. Si c'est un garçon laisse-le venir à moi. »

Ménélik 1 er, fils de Salomon et Saba

A son retour, Saba mit au monde un fils et l'appela Ménélik (Baïna Lehkem). Quand il eut 22 ans, Ménélik dit à la Reine : "J'irai, je verrai le visage de mon père et je reviendrai ici par la volonté du Dieu d'Israël".

Ménélik se rendit à Jérusalem pour se fait reconnaître de son père. Il fut le premier roi d’Ethiopie et a fondé la dynastie des Salomonides . Une fois à Jérusalem, il aurait dérobé l’Arche de l’Alliance pour la ramener en Ethiopie.

Les Falashas seraient selon certaines sources, les descendants des prêtres lévites ayant accompagné Ménélik lors du transport de l’Arche.

 

VITRINE 2 / LA CARAVANE DE L’ENCENS

 

Balqis, comme tous les souverains de Saba, fait commerce de l’encens et de la myrrhe.

Des peuples d’Arabie déserte, comme les Nabatéens viennent depuis Petra (actuelle Jordanie) acheter ces précieux matériaux qu’ils diffusent le long de routes commerciales et qui font leur prospérité.

En 2008, l’UNESCO a classé le site d’Hegra, site spectaculaire dans le désert du Hedjaz, ce qui a permis d’engager des fouilles d’envergure.

Dans le climat hyper-aride de cette ancienne région de l’Arabie déserte, cette nécropole d’une centaine de tombeaux avec de nombreux graffitis avaient été visitée une première fois en 1907. Une série de photos de ce site avait permis de faire un rapprochement avec le site de Petra, capitale des Nabatéens.

En effet, comme à Petra (dans l’actuelle Jordanie), ces tombeaux présentent une organisation architecturale composite : entrée monumentale d’ordre gréco-romain, entablement égyptien, partie supérieur couronnée de demi-merlons caractéristiques de Mésopotamie.

Les Nabatéens sont de riches caravaniers contemporains des Grecs. Ils sont ma            îtres de cette partie de la péninsule du 3e siècle avant jusqu’au 2e siècle après. Ils sont polythéistes et croient dans un au-delà puisqu’il a été retrouvé des corps momifiés sur le site d’Hegra. Ils connaissent leur apogée au tournant de l’ère chrétienne. Ils étendent leur territoire au sud de Pétra et font de Hégra une ville frontière, étape de leurs caravanes qui partent vers les royaumes du sud chercher l’encens et la myrrhe.

Avant leur installation, il existait sur ce site une bourgade non loin d’un ouâdi qui donne au site tout son intérêt. La présence d’eau aura été probablement un facteur déterminant dans l’annexion de ce territoire par les Nabatéens.

 

Les routes commerciales des Nabatéens

 

En savoir plus : Le Royaume des Nabatéens de Pétra à Hégra

 

 

VITRINE 3 / Emergence de la langue et de l’écriture arabe

La langue arabe n’est pas écrite à l’origine avec l’alphabet que nous connaissons. Du 3e siècle AV au 4e siècle AP, elle emprunte son écriture à d’autres peuples (Sabéens, Nabatéens qui utilisent une variété d’araméen).

Cette forme archaïque est appelée « vieil arabe ».

Au 6e siècle AP apparaît une écriture propre qui donne naissance à l’alphabet arabe, celui de l’état musulman fondé en 622. Le plus ancien texte dans cette langue date de 512 et vient de Syrie, qui suggère que cette écriture aurait été élaborée par les Arabes chrétiens de la vallée de l’Euphrate. L’alphabet arabe n’a donc pas été élaboré en Arabie mais vient d’une écriture syrienne.

POURQUOI ?

Première hypothèse : l’usage de l’écriture a régressé pendant l’antiquité tardive (4e, 5e siècles) à cause d’une crise commerciale entraînant une régression de culturelle. Les premiers musulmans auraient emprunté le seul alphabet encore en usage.

Deuxième hypothèse, plus politique : au milieu du 6e siècle, l’Arabie centrale et occidentale se dégage de la domination du Himyar (où l’on écrit le sudarabique). Le conflit entre La Mecque et Abraha, prince chrétien du Himyar, qui se termine au profit d La Mecque. Le choix de l’alphabet syrien aurait été plutôt par rejet de celui sudarabique associé à un ennemi politique.

 

VITRINE 4 / Les pêcheurs de perle du Bahreïn

 

VITRINE 5 / Un monde nomade

Sac de voyage

 

VITRINE 6 / L'emergence du monotheisme

On assiste au 4e siècle après au progrès du monothéisme dans la péninsule arabique.

On sait que le judaïsme est bien implanté au Yémen au moins à partir de 340 AP. Il est dominant dans les grandes oasis du du nord du Hedjaz.

Le christianisme lui n’apparaît qu’à la fin du 5e siècle et se retrouve plutôt sur les rivages du golfe arabo-persique.

Le monothéisme est donc bien implanté dans la péninsule bien avant la naissance de l’Islam, même si le polythéisme demeure prépondérant qu’en Arabie centrale et dans les régions entre le Yémen et La Mecque.

La Mecque est restée à l’écart du mouvement de conversion des élites au judaïsme et au christianisme. Avec son temple, la ville devient un foyer de résistance à ces religions étrangères.

Parmi les foyers polythéistes, une des divinités appelée « le dieu » (Al-Hah, Lah ou Allah) revêt peu à peu le statut de « dieu suprême ». A La Mecque, il s’impose au premier rang après la victoire en 552 de la ville sur le royaume de Himyar. La tribu de La Mecque est surnommée la « tribu d’Allah ».

C’est dans ce contexte que Mahomet professe une nouvelle religion au début du 7e siècle.

Au début de sa mission, il se serait considéré comme un continuateur du prophétisme juif et chrétien. Mais Mahomet se heurte à l’hostilité des Juifs et cherche à se concilier les Mecquois.Il se rallie finalement au culte d’Allah à condition de le débarrasser de ses dernières cractéristiques païennes.

A la mort de Mahomet, en 632, sédentaires et nomads de l’Arabie déserte se réclament d’une même ethnie, communiquent dans la même langue, écrivent avec une même écriture.

 

 

Sources

Christian Julien Robin, directeur de recherche au CNRS, article « Les tribus de l’Arabie déserte »

Allessandro de Maigret, revue internationale d’archéologie et de sciences sociales sur la péninsule arabique

Wikipédia

Akadem

Présentation IMA

Mythologica.fr

Le royaume des nabatéens de Petra à Hegra

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